Des chiens d’assistance pour éveiller de jeunes enfants aveugles

Lancé en 2015, ce programme de recherche unique au monde vise à évaluer l’apport de la présence d’un chien d’éveil auprès de jeunes enfants aveugles. Rencontre avec Chantal Roubaud, Directrice du Département Enfant de la Fondation Frédéric Gaillanne.

 

Une femme brune qui tiens dans ses bras un bouvier bernois

 

Comment est né le projet d’expérimentation des chiens d’assistance dédiés à l’éveil des bébés aveugles ?

Nous constatons chez les enfants / adolescents à qui nous remettons des chiens de nombreux bénéfices : meilleure intégration, plus grand respect de l’entourage, développement plus rapide… Nous nous sommes alors demandé ce qui se passerait si nous remettions des chiens plus tôt, dès l’âge de 2 ou 3 ans à un enfant aveugle précoce. En effet, un enfant se développe beaucoup par mimétisme. Or un enfant aveugle de naissance ne peut pas imiter car il ne voit pas. Est-ce que le chien pourrait alors l’aider dans les premiers apprentissages de la marche, la communication, à développer son toucher… ?

Pour mener cette étude, nous nous sommes associés à différents partenaires dont la Fondation Mira, au Canada, et le Centre Technique Régional pour la Déficience Visuelle de Villeurbanne.

 

Comment s’est-il mis en place ?

Au sein de la Fondation Frédéric Gaillanne, nous avons pris en charge la partie technique : la formation des chiens. D’un point de vue scientifique, le laboratoire DIPHE (Université Lumière Lyon 2) et le CTRDV (PEP69/ML) ont géré la recherche de familles et étudient les impacts psychologiques et les apports du chien sur les enfants.

Nous avons mis en place un programme sur 2 ans qui compte aujourd’hui des familles dont un enfant est aveugle précoce, réparties en deux groupes :

  • Un chien d’assistance est confié à 7 familles
  • 7 autres familles constituent un groupe témoin.

En plus des évaluations réalisées par les chercheurs au domicile des familles, chaque famille va filmer son enfant tout au long de l’expérimentation. Ces images seront analysées afin d’évaluer l’apport de la présence du chien d’assistance auprès des enfants aveugles.

En septembre 2016, toutes les familles qui ont reçu un chien sont venues suivre une formation d’une semaine à la Fondation : elles ont pu y apprendre à accueillir le chien, à mieux comprendre le programme et à savoir ce qui était attendu de leur part. Un de nos éducateurs les a accompagnés chez eux afin de les aider à accueillir le chien.

En janvier 2017, les familles du groupe témoin sans chien ont également été reçues. Elles ont été informées plus en détail sur le programme, le suivi demandé. Elles s’engageaient sur 2 ans avec l’opportunité au terme de ce laps de temps de recevoir un chien si elles en exprimaient le besoin, l’envie.

 

Un enfant allongé sur un labrador noir

 

Et concrètement, qu’avez-vous pu observer ?

Chaque famille nous a envoyé régulièrement les images qu’elles ont filmées de l’évolution de leurs enfants.

Ces images sont visualisées et étudiées. Une réunion bilan aura lieu prochainement afin de communiquer autour des premiers résultats. Les résultats scientifiques ne seront toutefois pas publiés avant 2021.

 

Même si vous ne pouvez pas nous en dire trop, quelle tendance se dégage ?

Les familles nous ont fait part de certains bénéfices : la présence du chien améliore la facilité de contact de l’enfant avec des personnes étrangères et il procure également de l’apaisement.

Au-delà des aspects scientifiques, c’est avant tout une aventure humaine extraordinaire, aussi bien pour les familles que pour les chercheurs ou nous, à la Fondation. Il s’agit d’une collaboration merveilleuse autour des bébés et nous ressortons tous grandis de ces aventures.