Le confinement ne change pas grand chose au quotidien

Dominique Latgé, 66 ans, est aveugle de naissance, maitresse de chien guide depuis 1978 et Présidente de l’ANM’ depuis 2017.

Comment vit-elle le confinement ? Son témoignage...

Dominique dans la montagne, avec Fly et son précédent chien d'aveugle

Où es-tu et avec qui ?

Je suis chez moi, coincée dans mon appartement à Toulouse au 2ème étage sans ascenseur. Je suis avec Fly, mon chien guide qui est actuellement chien de compagnie uniquement.

 

Quelle a été tBerger australien dans un jardin avec son gilet orange de détentea réaction à l’annonce du confinement ?

Je me suis dit que ça ne me changerait pas beaucoup de mon ordinaire. Je suis plutôt casanière et je sors seulement pour des raisons précises : courses, visites des amis, sorties avec le chien… Bien entendu, le confinement ne me permet plus de voir mes amis mais nous communiquons par le téléphone. Pour les courses, j’essaie de m’organiser mais c’est ce qui est le plus difficile : il ne faut pas être trop exigeant. Actuellement, mes sorties sont limitées uniquement aux besoins de Fly.

 

Comment fais-tu avec ton chien ?

J’ai la chance de vivre dans une résidence avec des espaces verts privatifs. Donc je sors avec Fly 3 fois par jour (au lieu de 4 en temps normal) pendant seulement 15 minutes. Ce sont les seules sorties que j’effectue. Et toujours au sein de la résidence. Je ne suis pas allée dans un lieu public depuis le début du confinement, je le respecte scrupuleusement.

 

Qu’est-ce que le confinement change pour toi ?

Il ne change pas grand-chose, mis à part que je me sens limitée dans ma liberté mais il faut bien savoir s’adapter à ces nouvelles circonstances.

Je fais partie de ces personnes déficientes visuelles qui ont été habituées, très jeunes, à s’ennuyer. Je ne culpabilise pas de ne rien faire. Une réduction de mes activités ne me dérange pas, je me sens bien avec moi-même.

Globalement, beaucoup de personnes aveugles ne sont pas vraiment « dépaysées » par le confinement, toutefois, pour certaines personnes en situation de handicap – pas seulement visuel – le désert relationnel est plus intense : elles sont encore plus seules et se sentent extrêmement perturbées.

 

En tant que Présidente de l’ANM’, y a-t-il des changements dans votre organisation ?

C’est avec l’ANM’ que le confinement modifie le plus mes habitudes. Normalement, je me rends à Paris pour travailler avec les salariés de l’association une fois par mois. Là, je ne peux plus y aller. Ça ne me perturbe pas trop. Mais les salariés sont en télétravail et je me dois d’assurer une présence quotidienne. J’ai toujours pensé qu’il y avait une nécessité de contact avec sa hiérarchie dans une activité professionnelle.

Donc chaque jour, je les appelle tous : je dois leur témoigner ma présence, ma solidarité. L’information circule peut-être moins bien en travail confiné, il faut donc participer à ce lien. Nous organisons également des réunions de travail pour réfléchir sur des sujets de fond pour lesquels le temps nous manquait : remise à plat de certaines procédures, travail sur l’accessibilité… Nous prenons les décisions ensemble, c’est une gestion participative. Je suis également en lien avec les autres administrateurs. En tout, je passe plus de 5 heures au téléphone chaque jour !

Mais je dois cela à l’association, ça ne serait pas digne d’un Président de laisser ses salariés tous seuls.