L’emploi des déficients visuels : un défi pour demain

En 2018, la barre des 500 000 demandeurs d'emploi handicapés a été dépassée. Un constat désolant lorsque l’on sait ô combien l’emploi joue un rôle moteur dans l’inclusion sociale et citoyenne des personnes en situation de handicap. Philippe Chazal est auteur de deux ouvrages destinés à faire connaître les quelques 150 professions accessibles aux déficients visuels. Il nous dresse le bilan.

 

un homme tape sur une machine avec un langage braille qui écrit sur l'ordinateur

 

Quelle est la situation de l’emploi des personnes handicapées visuelles aujourd’hui ? Et a-t-elle évolué depuis ces dernières décennies ?

Partout dans le monde sauf en Espagne et Italie, moins d’un déficient visuel sur trois en âge de travailler a aujourd’hui un emploi. Un constat malheureusement alarmant. L’avènement des nouvelles technologies de l’information et de la communication, l’intégration scolaire et universitaire quasi généralisée, une société plus ouverte et plus accessible, n’ont rien changé.

 

Quelles mesures ont été mises en place pour relever ce défi ?

L’emploi reste la plus difficile question à laquelle sont confrontées les associations qui souhaitent aider les personnes déficientes visuelles à sortir de l’inactivité. Toutes conjuguent leurs efforts pour relever ce défi :

  •  L’Union Européenne des Aveugles a collecté 17 « bonnes pratiques en matière d’emploi » au niveau européen. Ce document est consultable sur le site www.euroblind.org
  • Le Groupement des Intellectuels Aveugles et Amblyopes a ouvert des « clubs emploi » dans quatre régions pour préparer les demandeurs d’emploi à entrer sur le marché du travail.
  • La Fédération des Aveugles et Amblyopes de France a produit plusieurs brochures pour faciliter l’accueil des déficients visuels dans les entreprises/administrations.

 

Quels conseils donneriez-vous aux personnes handicapées visuelles pour leurs recherches d’emploi ?

Pour avoir une chance de travailler aujourd’hui, tout demandeur d’emploi en situation de handicap visuel doit, quelle que soit la profession qu’il souhaite exercer, avoir de solides connaissances en informatique. La loi de 2005 devait faciliter l’accessibilité des postes de travail et pourtant, l’accessibilité des sites Web, intranet, extranet et surtout des logiciels métiers, est de plus en plus oubliée. Je conseille également le plus souvent possible de pratiquer avec aisance le braille. Plus difficile pour les « aveugles tardifs », il facilite grandement la pratique d’un métier.

 

Qu’est-ce qui permettrait selon vous une avancée dans le marché de l’emploi français pour les personnes handicapées visuelles?

Tout d’abord je pose un constat, le niveau de qualification des personnes déficientes visuelles reste inférieur à celui de la population générale. Les personnes déficientes visuelles doivent accéder aux écoles, universités, centres de formation ordinaires, mais à la condition que les enseignants de ces établissements soient formés à la prise en compte de leurs besoins spécifiques. Il faudrait renforcer la pratique sur le terrain par le biais de stages en entreprise et de l’emploi « accompagné » à chaque fois que cela est nécessaire. Le développement des formations initiales et continues restent aussi indispensables pour former au mieux les personnes en situation de handicap à leur métier. Mais l’avancée passe aussi par d’autres mesures telles que le soutien aux structures de travail protégé, aux autoentrepreneurs handicapés et à l’aide à la création et au fonctionnement des « Clubs emploi » spécialisés. Une autre manière d’agir serait de rendre les prestations sociales davantage incitatives à travailler.