Les questions que personne n’ose poser sur la malvoyance

Le handicap visuel est un sujet souvent bien méconnu par les voyants. Nous avons ainsi décidé de répondre aux questions taboues que tout le monde se pose mais que personne n’ose poser aux personnes déficientes visuelles. Découvrez les premières réponses de nos deux volontaires, Karine et Elie !

(Inspiré de « C’est quoi cette question ? », émission de TF1)

 

 

Karine, une femme brune qui tiens son chien guide, un labrador sable au harnais

   

   Karine Garnier

    46 ans

    Aveugle de naissance

    Maître de chien guide depuis 1998

    Bénévole auprès de l’ANM’ Chiens Guides

 

 

 

Elie, un homme debout dans la neige avec son chien guide, un labrador noir a ses côtés

 

   

   Elie Zampin

    55 ans

    Malvoyant de naissance

    Athlète paralympique

    Maître de Jinga depuis 2016

 

 

 

 

Est-ce que cela vous gêne quand des personnes vous disent « tu vois » ?

Karine : Non, quand on dit « tu vois », on veut dire « tu comprends » entre autres. Le verbe voir a d’autres significations que tout simplement voir avec ses yeux. On ne dit pas « J’ai écouté un film à la télé ». Finalement, cela gêne plutôt les personnes qui voient de le dire en notre présence.

Elie : Ça me fait toujours sourire quand on me dit ça. La plupart du temps, cela gêne la personne en face alors que je vois très bien ce qu’elle veut dire. Mais souvent, ça part en éclat de rire et ça donne l’occasion de dérider une conversation.

 

Est-ce que les personnes s’adressent à vous différemment ?

Karine : Oui, parfois les gens crient en pensant qu’on est aussi sourd. Sinon dans la rue on me dit tout le temps « attention ! » : mais attention à quoi ? Et aussi « tout droit » alors que les gens ne savent pas où je vais. Certains pensent que la personne handicapée, quel que soit le handicap, doit être traitée de la même façon. Par exemple, je fais partie d’un groupe d’aquagym. Au début, dans les vestiaires, on me disait « viens, va t’assoir », mais personne ne s’assoie alors pourquoi moi ? Les gens pensent souvent que nous sommes diminués un peu sous toutes les formes. Ils ont des yeux mais ils ne peuvent pas s’en servir.

Elie : Comme je suis malvoyant de naissance, ma vue s’est détériorée tout au long de ma vie. Quand j’étais plus jeune, j’ai fait les mêmes choses que tous les adolescents. Avec le temps, je suis passé à l’utilisation de la canne blanche et les regards ont changé. Les gens me proposaient leur aide pour monter dans le train et ça s’arrêtait là. Depuis que j’ai Jinga, je ne vais nulle part sans qu’on s’intéresse à elle. C’est un autre regard sur le handicap et cela donne lieu à des bons moments d’échange. Sinon, je pense que les gens s’adressent à moi comme à une personne normale. Ce n’est pas parce qu’on est handicapé visuel qu’on peut nous bêtifier : « alors le monsieur, comment il va aujourd’hui ? ».

 

Pensez-vous que votre handicap vous a permis de développer des capacités différentes des personnes voyantes ?

Karine : Oui, par le fait de la compensation. Notamment le développement de l’oreille ou du toucher, c’est certain. Maintenant si vous demandez à quelqu’un de faire un peu attention à ce qui se passe, quitte à lui bander les yeux, il va faire attention et va entendre des bruits qu’il n’entend pas quand il a la vue. Je ne crois pas au 6ème sens, c’est une pure invention.

Elie : L’odorat, et ce n’est pas toujours un avantage car il n’y a pas que des bonnes odeurs. Sinon cela me permet de me repérer. J’ai beaucoup développé ma proprioception, mes pieds me donnent beaucoup d’information sur le terrain et je m’adapte vite aux obstacles que je peux rencontrer (cailloux, verglas…). Sinon je pense que cela m’a ouvert des possibilités. Si j’avais été voyant, je ne pense pas que j’aurais eu le niveau d’un athlète valide pour aller aux Jeux Olympiques. C’est bizarre à dire mais c’est une chance, une opportunité qui m’a été offerte.