Les questions que personne n’ose poser sur la malvoyance

Découvrez les nouvelles réponses aux 3 questions taboues que nous avons posées à Karine et Elie au sujet de leur handicap visuel.

 

A gauche Karine avec son chien guide, a droite elie avec son chien guide

 

Illustration avec écrit : On va me dire que telle personne est blonde ou brune mais pour moi c'est abstrait

Savez-vous à quoi vous ressemblez ?

 

Karine : Concrètement non. Sur moi je sais à quoi ressemble un nez. Sinon, mis à part celui de mes proches, c’est une chose qui m’échappe. On va me dire que telle personne est blonde ou brune mais pour moi c’est abstrait. En tant que non-voyant on se fi che de l’apparence physique. Je vais attacher beaucoup plus d’importance à ne pas avoir de bouton ou d'aspérité sur le visage qu’à me mettre du maquillage par exemple. Cela prend déjà du temps de se coiffer, de sortir les fringues, les boucles d’oreilles, alors le maquillage…

Elie : Avant je savais à quoi je ressemblais, maintenant je me vois de moins en moins bien dans la glace. Je garde toujours l’image de moi jeune du coup. Ça a aussi un avantage : une fois, j’étais avec des copains et il y a eu une coupure de courant pendant qu’on se rasait. Ils ont tous été incapables de continuer tandis que moi je me rasais tranquillement dans le noir.

 

Comment faites-vous pour vous habiller ?

 

Karine : Je fais confiance à ma mère. Elle a su repérer très rapidement que j’accordais beaucoup d’importance aux matières et aux reliefs. Sinon je me suis fait un dossier informatique dans lequel les vêtements sont associés. J’utilise aussi deux détecteurs qui me permettent d’analyser la couleur de mes vêtements. Je demande de temps en temps à une copine des conseils pour assortir certains vêtements, accessoires ou chaussures. Je porte un peu toutes les couleurs et tous les styles, du court, du long, des pantalons serrés. Je ne suis pas jean-basket du tout, j’aime mieux les choses plus élaborées.

Elie : J’ai un petit appareil, le colorino, qui m’aide à reconnaître les couleurs. Il a une fonction vocale qui donne le nom de la couleur. Sinon quand je suis avec ma compagne, je lui demande de l’aide. Mais surtout j’ai un ordre, je sais où chaque affaire est rangée et cela me permet de m’y retrouver. Comme je dis toujours : si vous voulez perturber complètement ma maison, venez chez moi, échangez les t-shirts avec les pantalons et alors là c’est la panique !

 

Comment faites-vous la cuisine ?Illustration : dernièrement je voulais m'acheter un four totalement parlant mais j'ai vite changé d'avis en voyant le prix, il était à plus de 600 euros

 

Karine : J’utilise beaucoup mes mains. Par exemple pour couper une viande même si c’est chaud et bien c’est le couteau dans une main et dans l’autre on y va et on met le doigt. Il y a quelques précautions à prendre et je fais bien sûr les choses plus lentement. Mais je pense qu’on est vraiment égaux avec les voyants. La cuisine, c’est plutôt une question de volonté que de capacité. Personnellement j’ai une cuisine classique, la vraie différence c’est que ma balance parle ! Concernant les courses, je ne me fais pas livrer parce que j’ai beaucoup de choses sous la main. Je demande un coup de main en boutique et les gens sont plutôt de bonne volonté.

Elie : Je ne suis pas un grand cuisinier : je suis dans ce cas-là carrément handicapé, parce que j’ai des copains aveugles qui font la cuisine et qui se débrouillent super bien. Bon, après, je sais cuire des pâtes et faire quelques petits gâteaux. J’ai une cuisine traditionnelle mais rangée à ma façon et j’utilise quelques applications pour m’aider à reconnaître les aliments. Dernièrement, je voulais m’acheter un four totalement parlant mais j’ai vite changé d’avis en voyant le prix : il était à plus de 600 euros.